Les Hurons-Wendats, Regards Nouveaux

Billet 6 | Les Hurons-Wendats, Regards Nouveaux | Par Michel Tharehtade Gros Louis | 8 septembre 2020

Michel Gros-Louis, Ethnolinguistique

IL me fait plaisir de vous présenter mon livre réalisé conjointement avec mon professeur en linguistique Benoît Jacques. Ce livre traite principalement de mes travaux en linguistique et mes recherches sur l’histoire de mes ancêtres wendats. Ce livre fut publié en 2018 aux éditions GID.

Pourquoi on a choisi en sous-titre : Regards Nouveaux ?

Parce que nous donnons un point de vue différent des historiens allochtones sur l’histoire des Hurons-Wendats. Cette façon différente de voir l’histoire est basée sur l’analyse linguistique des textes et des dictionnaires anciens, sur la tradition orale et sur les textes coloniaux. Par exemple, tous les historiens et linguistes avant nous sont d’accord pour dire que la langue que parlaient les Amérindiens de Stadaconé (actuellement Québec) n’était pas la langue huronne-wendate ou une autre langue iroquoienne connue et documentée par les premiers voyageurs. Pour eux, cette Nation qui vivait dans la vallée du Saint Laurent a disparu vers la fin du XVI e siècle, quelques décennies après la première rencontre avec Jacques Cartier en 1541. Les linguistes incapables d’identifier cette langue iroquoienne conclurent que cette Nation avait complètement disparu entre les voyages de Cartiers et de Champlain. Appuyé par les linguistes, les historiens et archéologues dénommèrent cette nation : les Iroquoiens du Saint-Laurent.

Contrairement aux linguistes avant nous, notre analyse linguistique démontre clairement que cette langue était parlée par une des Nations dite « huronne » de la Confédération des
Wendats. Nous avons analysé la racine nominale ou verbale des mots que Cartier a notés lors d’un de ses trois voyages. La racine nominale des langues iroquoiennes et wendate est plus stable et c’est la partie du mot qu’on entend bien. Notons que lorsqu’on est en présence d’une langue étrangère, il est difficile de bien entendre les sons; en termes linguistiques on appelle ce phénomène la « discrimination auditive ». Cartier a eu sûrement de la difficulté à reproduire par écrit cette nouvelle langue. Cette mauvaise interprétation des mots a conséquemment donné de la difficulté aux linguistes avant nous. Il faut savoir aussi que les syllabes en début et en fin de mots dans les langues wendate et iroquoiennes sont presque sourdes si elles ne portent pas un sens sémantique important, donc très difficiles à transcrire correctement pour un Français.


La tradition orale, à partir des wampums, nous apprend aussi que les Micmacs fréquentaient les Stadaconiens. Dans ce livre, nous présentons un wampum micmac (l’écriture amérindienne de l’époque) qui raconte que les Stadaconiens étaient des Hurons (terme français) de la Confédération des Wendats. Nous expliquons aussi dans ce livre que le sens des nouveaux mots employés pour désigner les Nations amérindiennes par les Français ont déformé la réalité territoriale et sociopolitique entres les Nations. Par exemple,siles livres d’histoire mentionnent les Hurons-Wendats, ils nient l’existence de différentes Nations réparties sur un grand territoire et regroupées dans une Confédération appelé Wendat. Pourtant, l’identité de chacune des Nations de la Confédération des Wendats persista jusqu’à la fin du 18 e siècle, même à Wendake.


Le père Potier écrit que les habitants de Wendake sont des Hatige’enionniahahk de la
confédération wendate. Au chapitre sur Sastaresti, le chef suprême de la Confédération des
Wendats, on conclut que la Confédération des Wendats a pris fin vers 1835 avec le dernier des Sastaretsi.


Aujourd’hui encore le mot Wendat est faussement utilisé pour désigner une nation et non une Confédération. Si on se place dans le contexte au début du 17 e siècle, lors du contact avec les Français, la Confédération des Wendats comprenait quatre principales nations à partir de Toronto jusqu’à Québec. La nation qui vivait a Stadaconé était les Hatige’enionniahahk, c’est-à-dire la Corde. Le chef suprême était Tsawenhohi. titre héréditaire qui s’est transmis jusqu’à François Xavier Picard, grand chef du clan du Chevreuil à Wendake vers la fin de 19e siècle.

Tout le long de ce livre, nous plaçons le lecteur dans une perceptive historique amérindienne basée sur la langue et la tradition orale afin de donner des Regards Nouveaux à l’histoire des descendants de la grande Confédération des Wendats.
La négation que les Stadaconiens étaient des « Hurons » cause des problèmes sérieux pour les droits territoriaux des Hatige’enionniahahk (Hurons) de Wendake. Selon les historiens, cette nation inconnue qui vivait dans la vallée du Saint-Laurent est disparue, et les Hurons de Wendake ne sont pas leurs descendants. Ils ajoutent même que nous venons de l’Ontario. C’est assez pour que les Innus de Mashteuiatsh revendiquent le territoire des Hurons-Wendats de Wendake. Ce livre démontre sans l’ombre d’un doute que les Hurons-Wendats de Wendake sont les descendants des Stadaconiens et des Iroquoiens du Saint-Laurent.